Un bon manuel, c’est aussi une bonne maquette

La fabrique des manuels - Picto Maquette

Interview de Catherine Blondeau, responsable maquette

La fabrique des manuels - Photo Maquette 1

Traduire graphiquement les intentions pédagogiques

Catherine Blondeau est responsable maquette aux Éditions Belin, en charge notamment de la conception graphique des manuels scolaires. Elle dirige l’équipe des maquettistes qui mettent en page les ouvrages et traduisent donc graphiquement les intentions pédagogiques des auteurs.

Quelles sont les grandes étapes du travail d’un maquettiste de manuel scolaire ?

Catherine Blondeau : Dans le cadre d’une réforme comme celle de cette année, il faut déjà se familiariser avec l’esprit des nouveaux programmes. Ce qui fait l’objet d’une première réunion, très importante avec l’ensemble des éditeurs et des maquettistes. Ensuite, il y a un premier rendez-vous avec l’éditeur ou l’éditrice, qui a déjà travaillé en amont avec les auteurs et peut donner ses « intentions ». Il ou elle arrive déjà avec des éléments (structure, contenus, textes, images) qui servent de base de discussion. On pose des questions concernant la mise en forme, la structure, les hiérarchies, les points forts.  À la suite de cette réunion, les éditeurs font souvent une nouvelle préparation de la matière, des contenus – la discussion sur la forme faisant émerger des questions de fond…

Là, on peut commencer à travailler sur des projets de doubles-pages représentatives de ce que contiendra le manuel. Deux ou trois doubles-pages type d’abord, à partir desquelles on va pouvoir faire des choix et se mettre d’accord sur le style et la structure de l’ouvrage, sur l’organisation des éléments. Puis on décline sur l’ensemble des pages type qui peuvent être très nombreuses sur certains ouvrages. Suivent ensuite des étapes de validations notamment auprès de professeurs, lors de « tables rondes ».

Vient enfin la réalisation de l’ensemble des pages du manuel. Elle comporte de nombreux allers-retours, de nombreuses étapes de discussion, de corrections et de validation avec l’éditeur, qui de son côté, travaille avec les auteurs.

La Fabrique des manuels - Article 3 - Photo Maquette

Une solide expérience du manuel scolaire

Quelles sont selon vous les spécificités et les forces des maquettes des Editions Belin ?

Catherine Blondeau : Nous avons une solide expérience du manuel scolaire et nous savons comment organiser clairement les éléments, mais nous sommes aussi conscients que l’intention pédagogique doit être traduite de façon très efficace et attractive. On ne doit pas s’ennuyer. Il faut donc, certes, respecter les principes de départ, mais en même temps proposer une grande variété, une grande richesse. Et pour ça, nous avons un studio de création intégré, qui nous permet de travailler sur le fond et la forme en dialogue constant avec les éditeurs. Nous échangeons sans arrêt, tout au long de la journée, pour que la forme reflète et serve parfaitement le fond, comme une déclinaison du travail de l’auteur, avec une vraie richesse de mise en scène.

Dans cette réforme, parmi les nouvelles approches à traduire graphiquement, il y a les EPI, les enseignements pratiques interdisciplinaires…

Catherine Blondeau : Oui, sur ce point, la pédagogie a complètement changé et il a fallu revoir nos repères. Il faut désormais traduire ce que peuvent être des pistes pour que des disciplines différentes parviennent à se croiser autour d’un sujet (voir l’exemple ci-dessous). Il faut repérer clairement ces pages EPI aussi bien dans le sommaire que dans le déroulé du manuel. Elles doivent autant être « à part » que complètement intégrées au contenu de l’ouvrage…

La Fabrique des manuels - Article 3 - Photo Maquette 2

« Nous sommes vraiment associés à la conception »

Comment peut-on définir le rôle de la maquette dans la construction de l’information ?

Catherine Blondeau : Je dirais que notre rôle, c’est un peu de « hiérarchiser » la pensée, de la rendre claire, d’être le reflet de la structure pédagogique telle qu’elle a été conçue, imaginée. C’est passionnant de participer à la démarche pédagogique, d’être au service d’un contenu pour le rendre compréhensible. Nous modelons de la matière et ce qui est très motivant pour nous dans le domaine du manuel scolaire, c’est que nous sommes vraiment associés à la conception, nous avons une vraie valeur ajoutée.

Est-ce que l’on conçoit finalement tous les manuels scolaires de la même façon ?

Catherine Blondeau : Non, on ne conçoit pas un livre d’Espagnol comme un livre d’Histoire, un livre de CP comme un livre de Terminale. Ce sont des ambiances différentes, des publics différents. Il faut savoir s’adapter à tous,  rentrer dans l’univers graphique qui correspond à chaque matière, à chaque âge.

Et comment choisit-on les éléments graphiques, les couleurs… ?

Catherine Blondeau : Il y a des modes bien sûr et nous, les graphistes, sommes tous un peu comme des éponges. Nous regardons ce qui se fait dans la presse jeunesse, mais les codes de l’édition scolaire ne sont pas forcément ceux de la presse. On peut vite être tentés de multiplier les effets, comme les petits pictogrammes, mais il faut faire attention à bien les distiller, pour ne pas « polluer » la lecture.

En revanche, c’est vrai que l’illustration en général, et l’infographie en particulier, est de plus en plus présente dans les manuels. Comprendre ou retenir par l’image est devenu pour certaines matières, comme les sciences par exemple, un élément central de la démarche pédagogique.