Tous les secrets des bons auteurs

La fabrique des manuels - Picto Auteur

« Je me suis basée sur l’expérience de la classe »

Gaëlle Brodhag, auteur de manuels scolaires

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Un auteur est d’abord un enseignant

Gaëlle Brodhag, auteur de manuels scolaires est d’abord enseignante en collège, à Amiens. Elle nous explique comment elle a travaillé pour créer des contenus en parfaite adéquation avec la pratique de l’enseignement, en accord avec la réforme.

Vous êtes auteur de manuels scolaires pour les éditions Belin, mais vous êtes avant tout enseignante.

Gaëlle Brodhag : oui, je suis Professeur de lettres classiques, Français et Latin, depuis dix ans au collège Arthur Rimbaud, à Amiens. Un établissement situé dans le quartier nord, classé en REP+ (Réseau d’éducation prioritaire) dans lequel une majorité de jeunes issus de milieux confrontés à des difficultés importantes, côtoie aussi une certaine mixité sociale. C’est un collège étonnant, où l’intérêt pour la pédagogie et la qualité de l’enseignement nous permettent d’obtenir des résultats vraiment encourageants.

Comment devient-on auteur de manuels scolaires ?

J’ai été contactée par Florence Randanne, IPR en Lettres, avec laquelle j’ai déjà travaillé. Elle est directrice de collection chez Belin, et m’a proposé de travailler sur les nouveaux projets de manuels liés à la réforme du collège.

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« Donner une nouvelle « couleur » aux manuels scolaires était extrêmement motivant. »

Quelle a été la première étape ?

Nous avons d’abord eu une réunion chez Belin avec Florence Randanne et Elsa Froment, qui est éditrice. Nous avons discuté du sommaire, qui m’a paru vraiment riche. Donner une nouvelle « couleur » aux manuels scolaires était extrêmement motivant. Renouveler l’approche pédagogique, c’était une véritable aventure. Et puis réfléchir à comment rendre l’enseignement passionnant, c’est le cœur de notre métier. Nous sommes des auteurs, mais nous sommes aussi de vrais enseignants, qui créons des manuels en adéquation avec notre pratique.

Par où commence-t-on lorsque l’on se retrouve face à une telle réforme ?

C’était une grande première pour moi, même si j’avais déjà collaboré à Canopé et écrit des articles pour les cahiers pédagogiques. Mais, déjà, j’ai eu la chance de rencontrer une équipe d’éditeurs particulièrement expérimentée et brillante, très au fait des contenus et des démarches pédagogiques. Le sommaire avait déjà été bien avancé par la directrice de collection et l’éditrice, mais ce que j’ai apprécié, c’est que le travail a été réellement collectif. J’ai pu proposer des choses qui ont été prises en compte. Il y a eu un véritable échange entre nous. Nos discussions ont été passionnantes. Ensuite, c’est vrai que ça n’a rien à voir avec le fait de faire un cours. Il y a un gros travail à faire pour prendre en compte les nouveaux programmes, tenter de donner du sens et apporter une expertise pédagogique au service des enseignants.

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Je me suis basée sur ma pratique de la classe, du « terrain ».

Comment trouvez-vous vos sources et vos ressources documentaires ?

Là aussi, ce que j’ai apprécié, c’est de bénéficier d’une grande liberté. J’ai pu aborder les différentes thématiques en allant chercher de nouvelles ressources, pour ne pas refaire la même chose que ce qui existait déjà. J’ai pu aller chercher les textes que je trouvais les plus pertinents, des sources originales. Mes années d’expérience d’enseignante m’ont évidemment beaucoup aidée. Je me suis basée sur ma pratique de la classe, du « terrain ».

Et pour les illustrations ?

Là aussi, j’ai pu faire les propositions que je voulais. Bien sûr, on ne peut pas toujours avoir exactement l’image que l’on a vue dans un livre ou ailleurs pour des questions de droits notamment, mais l’iconographe, dont le métier est de trouver les meilleures illustrations, en relation avec l’éditrice, trouve toujours la bonne traduction de ce que vous avez souhaité.

Comment s’est organisé votre travail ?

J’ai été bien aidée par les équipes de Belin. Nous avons des échanges fréquents. Une fois les contenus établis, dans le cadre du sommaire qui a été défini, les illustrations choisies – tout le travail étant supervisé par la directrice de collection – on reçoit la maquette de chaque page. Là encore, ce qui est remarquable chez Belin, c’est que l’on peut donner son avis. Toute l’équipe est très respectueuse de notre travail. Alors, bien sûr, il y a des choix à faire. On ne peut pas faire des séquences de cinquante pages, mais tous ces choix se font dans la discussion, dans l’échange.

Le timing était très serré ?

Plutôt, oui. Réaliser quatre manuels en même temps, c’était assez terrible. J’y ai passé toutes mes vacances depuis le mois d’août. Mais c’était tellement passionnant ! La conception ne pose pas trop de problèmes, ce sont les recherches qui prennent le plus de temps : trouver les bons documents, les croiser… Mais ça y est, on est au bout. La relecture des maquettes est bien avancée. Je suis impatiente de les avoir en mains.