Enseigner autrement : faire classe en ITEP

Entretien avec Jean-Luc, enseignant dans un Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique (ITEP) en Dordogne

Enseigner autrement

Interview avec un enseignant

Comment mettez-vous en place vos pratiques pédagogiques ? Celles-ci s’inscrivent-elles dans le programme de l’Éducation Nationale ?

En premier lieu, il y a une évaluation de début d’année faite pour chaque jeune reçu dans la classe. À partir de celle-ci est mise en place une progression en fonction des appétences, du niveau scolaire mais aussi en fonction de la problématique de chaque jeune. Cette progression s’inscrit dans le socle commun de connaissances, de compétences et de culture requis. Cette progression mise en place peut être bien évidemment réévaluée en cours d’année.

Vous sentez-vous complètement en dehors d’un système éducatif classique ? 

Non, car normalement dans le dispositif dans lequel je travaille (DITEP), le but est de réintégrer le plus possible les jeunes dans le milieu scolaire ordinaire. De ce point de vue, nos pratiques peuvent différer dans la manière d’appréhender le travail scolaire mais l’objectif est d’aller vers l’acquisition de compétences qui soient en adéquation avec le milieu scolaire classique.

Quels ont été vos projets pédagogiques ? Ont-ils été suivis pendant toute l’année scolaire ?

Nous avons travaillé tout au long de l’année sur un projet lié à l’environnement avec des mises en situations, des recherches ainsi qu’une collaboration avec un couple faisant le tour du monde de manière totalement écologique. Cela nous a permis de réfléchir sur nos pratiques quotidiennes et de faire évoluer ces jeunes dans leurs responsabilités liées à l’environnement.

Avez-vous mis en place de façon régulière un rituel avec vos élèves ?

La classe dont j’ai la charge est assez hétéroclite, que ce soit au niveau de leurs comportements, leurs niveaux scolaires, leurs appétences. Il est donc assez difficile de mettre en place des rituels. De plus, leur venue en classe est assez différente selon chaque élève. J’ai, de ce fait, rarement le même groupe classe au cours de la semaine.

Vous enseignez dans une structure particulière. Dans ce contexte, pensez-vous avoir un rapport privilégié avec vos élèves ?

La relation est très fluctuante tout au long de l’année. Néanmoins pour travailler avec ces jeunes ayant des troubles du comportement, il est nécessaire d’avoir une relation de confiance. Sans celle-ci au quotidien, même si elle est souvent mise à mal, il est difficile de travailler et de faire évoluer ces élèves vers de nouvelles acquisitions. Un élève, pour rentrer dans de nouveaux apprentissages, doit se mettre en danger et pour cela il a besoin d’être en confiance vis-à-vis de l’adulte qui est en face de lui. De ce fait, une relation privilégiée est nécessaire.

Quels outils pédagogiques sont utilisés dans vos pratiques ?

J’utilise souvent des jeux qui permettent l’apprentissage ou l’acquisition de codes sociaux (respect des règles, respect d’autrui, collaboration…) Il s’agit d’outils pédagogiques créés de manière empirique. J’ai également recours à des manuels ou des lectures du milieu scolaire ordinaire. Par exemple, pour renforcer la pratique pédagogique de la lecture, j’utilise la collection Boussole. Celle-ci plaît beaucoup aux élèves, aussi bien par le choix des textes et des thématiques, que par le choix des illustrations. Les dossiers pédagogiques en fin d’ouvrage sont très intéressants et permettent une ouverture sur la thématique étudiée. Une belle collection pour pousser les enfants au plaisir de la lecture !